Samedi 20 juin 2009

 Trafic d’animaux sauvages

C’est un business discret, mais extrêmement lucratif. Le commerce clandestin d’animaux sauvages rapporte des milliards de francs. Les œufs de perroquet bleu du Brésil, par exemple, c’est une espèce protégée, se vendent 5000 francs la pièce en Europe. Le chasseur d’Amazonie qui les ramasse en forêt ne reçoit lui que 5 francs par oeuf ! La différence va dans la poche des trafiquants internationaux. Principales victimes de ce négoce illégal, la faune des pays tropicaux, dont le Brésil, d’où provient 10% des animaux vendus sous le manteau. Enquête à Rio de Janeiro et à Brasilia : Jean-Jacques Fontaine. (Reportage publié par le journal La Liberté de Fribourg (Suisse) le 4 mai 2009)

Parmi les suspects étrangers, 3 tchèques, – dont l’un déjà condamné antérieurement pour trafic de femmes ! – un portugais et un Suisse, RM, lui aussi récidiviste. « Il avait déjà été arrêté à l’aéroport de Rio de Janeiro début décembre, alors qu’il embarquait sur un vol pour Francfort. Il dissimulait dans son gilet 10 œufs de perroquets bleus. Un des œufs a même éclot sur lui à cause de la chaleur de son corps. »

Valeur du butin saisi alors : 50.000 francs sur le marché clandestin ! RM a été relâché contre promesse de se présenter à son procès et est rentré en Suisse. La police brésilienne demande maintenant l’aide des autorités helvétiques pour le retrouver, mais du côté de Berne, on dit ne rien savoir. Curieusement pourtant, si l’on en croit internet, le nom de RM apparaît déjà en 1999, mêlé à une affaire de dissémination non autorisée d’oeufs d’une autre espèce protégée de perroquets du Brésil. Parmi les protagonistes de cette sombre affaire, un milliardaire installé aux Philippines et un Cheik des Emirats Arabes !


L’hôpital des bêtes menacées

A Séropédica, 50 km à l’ouest de Rio de Janeiro, le Centre de Triage des Animaux Sylvestres (CETA en portugais) accueille les animaux récupérés par la police et tente de les remettre sur pied avant de les relâcher dans la nature. A Séropédica, chaque bête a son histoire, toutes dramatiques. Luis Fernando Moraes, directeur du CETA nous fait visiter le centre et raconte…  « Voilà un perroquet bleu dont le ventre est totalement déplumé. La personne qui l’a acheté à un trafiquant lui donnait du café chaque matin ! Le café a tellement stressé l’animal qu’il s’est arraché toutes les plumes, jusqu’à la racine. Ça ne peut plus repousser, c’est irréversible. »

« Ici, vous voyez un groupe de perroquets verts d’Amazonie. Ils ont été trouvés en octobre 2008, par la police fédérale, caché dans le faux plancher d’une camionnette qui a parcouru plus de 4000 km jusqu’à Rio de Janeiro. Il y avait 200 bébés entassés dans un tout petit espace. On a réussi à en sauver 120. C’est presqu’un miracle. » Mais quoi faire avec ces animaux, une fois guéris ? Impossible de les relâcher à Seropédica même s’ils ne sont pas de la région. Ils risqueraient de perturber gravement l’équilibre écologique de la forêt atlantique environnante.

« Un animal qui vient d’Amazonie doit retourner en Amazonie. On a réussi, avec l’aide de l’armée, à affréter un avion pour renvoyer là-bas 30 de ces perroquets verts. Mais c’est une opération très compliquée et très coûteuse à organiser. Aujourd’hui, il nous reste encore 90 de ces perroquets sur les bras », déplore Luis Fernando Moraes. En moyenne, le CETA accueille 2000 bêtes par semaine, qui restent en pension 3 à 6 mois. Le défi de la réinsertion est immense.

Des peines trop légères et des mesures insuffisantes.

ceta2Jusqu’à présent, les trafiquants d’animaux ne risquent pas grand-chose au Brésil. La législation ne prévoit en effet qu’une amende assortie d’une promesse de ne pas récidiver. Les coupables sortent donc de prison immédiatement. Ce n’est pas comme avec le commerce de la drogue ou les armes, pour lesquelles les peines sont très lourdes. Une raison de plus qui explique l’attraction exercée par la chasse aux espèces protégées. Les choses pourraient cependant changer assez vite. L’inspecteur Saraiva a en effet réussi à convaincre un juge que son coup de filet ne concernait pas le commerce illégal d’animaux, mais ressortait d’un crime contre l’environnement, délit beaucoup plus grave, puni de 6 à 30 ans de prison. Si le cas fait jurisprudence, ce serait une grande victoire pour les défenseurs de la faune tropicale.

Mais il faut aussi d’autres mesures : « ça ne suffit pas de lutter contre les trafiquants et les consommateurs, analyse Luis Fernando Moraes. Ceux qui chassent les animaux en forêt n’ont souvent que cela pour vivre. Même s’ils touchent une récompense dérisoire, un sac de riz ou quelques réais, cela assure leur subsistance. » Il faut donc offrir des alternatives. Ce que tente l’ONG Renctas, qui soutient des projets de reconversion à l’artisanat et à l’agriculture non prédatrices pour les habitants de plusieurs endroits critiques en Amazonie. Le produit de ces activités est ensuite commercialisé via des réseaux de magasins solidaires dans tout le Brésil. Une goutte d’eau, certes, mais un début qui peut aider à faire changer les choses.

Par david
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